25 avril 2012

Le Fantôme de l'opéra, Gaston Leroux

 

Fan de Gaston Leroux dans ma tendre jeunesse, j'ai lu Le Mystère de la chambre jaune et sa suite, Le Parfum de la dame en noir, plus récemment, La Poupée sanglante, trois romans qui m'ont laissé un très bon souvenir.

Je me suis lancée dans la lecture du Fantôme de l'opéra pour le Book Club d'avril sur Livraddict, désireuse de revenir à la source d'une œuvre qui a fait l'objet de tant d'adaptations cinématographiques et qui a de ce fait acquis une dimension quasi-mythique.

 

Pourtant enthousiaste à la perspective de cette lecture, j'ai été un peu refroidie par le début du roman, par la multiplicité des personnages, les noms un peu « anciens », le style suranné de l’auteur qui a publié ce roman en 1910. Ensuite, lorsque le récit se resserre autour du point de vue du vicomte de Chagny, j'ai pu entrer dans cet univers et plaindre ce pauvre Raoul de ses déboires amoureux auprès de Christine Daaé ; ensuite, au fur et à mesure que l'histoire du fantôme nous est révélée, je me suis passionnée pour ce curieux personnage.

 

Mais revenons au début : le spectre qui hante l'opéra est d’emblée le sujet de toutes les conversations. L’intrigue démarre sur les chapeaux de roue avec le suicide supposé du chef machiniste, Joseph Buquet, qui est retrouvé pendu. Après des menaces proférées par le fantôme, le grand lustre s'effondre au milieu d'une représentation. Peu à peu nous sont dévoilées toutes les nuisances causées par ce parasite étrange, évidemment fantomatique à bien des égards mais aussi curieusement humain et à ses heures, assez effrayant. Ainsi, on l’entend parler mais on ne le voit pas, il occupe la loge n°5 pour assister aux représentations mais reste invisible, il se présente parfois comme un squelette en costume avec un nez manquant, transparent ou seulement brillant selon les témoins. Mais il a aussi des attentes bien plus pragmatiques : il exige par exemple que lui soit versée une pension mensuelle, il est sensible au charme de Christine, chanteuse lyrique à la voix « séraphique » et il verse des pourboires à la concierge. Le jeune Raoul, amoureux de Christine, ne comprend pas pourquoi celle-ci le repousse. Ce n'est qu'après quelques péripéties qu'il peut obtenir l'explication de sa froideur, liée à la « Voix » qui lui donne des cours de chant et lui a permis de perfectionner son art. Mais la Voix se fait de plus en plus exigeante et ne supporte pas la relation de Raoul et de Christine. Ensuite, dans un long récit de Christine romantique à souhait, on commence peu à peu à percer le mystère de cette voix, mais je n'en dis pas plus...

 

Si le procédé narratif m'a un peu déroutée au début, il permet en fait au lecteur d'avoir divers points de vue sur l'intrigue. En effet, un narrateur anonyme commente l'action, retranscrit certaines scènes, se fait ensuite narrateur omniscient lorsque nous suivons Raoul dans ses tentatives de séduction, puis nous délivre le témoignage écrit du Persan, un personnage qui joue un rôle majeur dans la dernière partie du roman. La présence des deux directeurs de l'Opéra, que je trouvais ridicules et ennuyeux, s'inscrit en contrepoint comique d'une intrigue parfois pathétique.

 

Bref, il faut que je m'arrête sinon je finirais pas trop en dire, mais ce roman est pour moi un véritable coup de cœur ! C'est un roman vraiment riche en émotions : les sentiments ambivalents de Christine, cousus de compassion, d'attirance, de répulsion, pour Erik, le personnage d'Erik en lui-même, sublime par ses aspirations et son art, méprisable et criminel par ses actes, la musique envoûtante au sens fort du terme, l'orgue, qui évoque aussitôt une atmosphère noire, gothique, le lieu, le lac et sa dimension mythologique, et puis, comment ne pas éprouver de compassion pour ce fantôme certes tyrannique et cruel, mais pourtant terriblement attachant ? En résumé, vous l'avez compris, j'ai adoré et vous en conseille la lecture !

 

Quelques citations pour prolonger le plaisir de la lecture :

« Il est d’une prodigieuse maigreur et son habit noir flotte sur une charpente squelettique. Ses yeux sont si profonds qu’on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs comme au crâne des morts. »

p. 140 « Mon ami, il y a une vertu dans la musique qui fait que rien n'existe plus du monde extérieur en-dehors de ces sons qui vous viennent frapper le cœur. »

« Seule revivait la Voix et je la suivais enivrée dans son voyage harmonieux ; je faisais partie du troupeau d'Orphée ! J'écoutais... Elle chantait... Elle me chanta des morceaux inconnus... et me fit entendre une musique nouvelle qui me causa une étrange impression de douceur, de langueur, de repos... une musique qui, après avoir soulevé mon âme, l'apaisa peu à peu, et la conduisit jusqu'au seuil du rêve. »

p. 143 « J'entrai. Il me sembla que je pénétrais dans une chambre mortuaire. Les murs en étaient tout tendus de noir, mais à la place des larmes blanches qui complètent à l'ordinaire ce funèbre ornement, on voyait sur une énorme portée de musique, les notes répétées du Dies irae. »

p. 145 « Voyez-vous, Christine, il y a une musique si terrible qu'elle consume tous ceux qui l'approchent. »

p. 148 « … il avait fallu que ce monstre fût doublé d'un ange, et peut-être, après tout, l'était-il un peu, l'Ange de la musique, et peut-être l'eût-il été tout à fait si Dieu l'avait vêtu de beauté au lieu de l'habiller de pourriture ! »

p. 138 « Une lueur bleuâtre nous entourait. Je regardai où nous nous trouvions. Nous étions au bord d'un lac dont les eaux de plomb se perdaient au loin, dans le noir... mais la lumière bleue éclairait cette rive et j'y vis une petite barque, attachée à un anneau de fer, sur le quai ! »

 

Posté par CottageMyrtille à 09:24 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le Fantôme de l'opéra, Gaston Leroux

    L'intrigue compliquée au début a quand même contribué au succès jamais démenti de l'oeuvre...je suis allée le voir dans un théâtre à Broadway : magique ! Bises

    Posté par Petitgris, 25 avril 2012 à 09:47 | | Répondre
  • @Petitgris

    Quelle chance ! Effectivement ça doit être magique ! Merci de ta visite. Biz

    Posté par cottagemyrtille, 26 avril 2012 à 06:56 | | Répondre
  • Il faudrait enfin que je m'y mette. Est ce que cette nouvelle édition a un texte intégral ? Bonne lecture!

    Posté par Pauline, 26 avril 2012 à 22:19 | | Répondre
  • @Pauline

    C'est une bonne question. Je n'y avais pas du tout pensé, et je viens de lire qu'effectivement, c'est une version abrégée ! Quelle déception de constater que ce n'est pas la version intégrale ! A éviter donc... Bonne soirée

    Posté par cottagemyrtille, 26 avril 2012 à 22:40 | | Répondre
  • Je suis contente que tu aies aimé, tu me donnes envie de le relire ^^

    Posté par Nahe, 27 avril 2012 à 16:25 | | Répondre
  • @Nahe

    Oui, un coup de cœur ! Merci de ta visite, bon week-end

    Posté par cottagemyrtille, 28 avril 2012 à 10:24 | | Répondre
  • Je l'ai lu il y a quelques années et je n'avais pas du tout aimé... Il faudrait que je tente de me replonger dans cette intrigue ! Et tu me fais penser que j'ai toujours La poupée sanglante dans ma PAL ! Bon weekend ! Bizz !

    Posté par soukee, 28 avril 2012 à 15:37 | | Répondre
  • @Soukee

    J'ai lu La poupée sanglante il y a deux ans, j'ai bien aimé également mais j'ai été déçue parce que c'est en 2 tomes (et évidemment, je n'avais que le 1°!). Bon dimanche à toi ! Biz

    Posté par cottagemyrtille, 29 avril 2012 à 08:54 | | Répondre
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