02 avril 2012

Ombres sur la prairie, Karen Blixen

 

 

"Je n'ai jamais tant aimé en ce monde que la peinture et l'écriture. Mais si j'avais à choisir, je ne serais ni peintre ni écrivain mais fermière."

 

 

 

 

 

 

 

Denys Finch Hatton, le Concerto pour clarinette, le survol de l’Afrique...

Tous les fans d’Out of Africa connaissent ces images ainsi que celle de Karen Blixen, incarnée par Meryl Streep dans son plus beau rôle (enfin, d'après moi^^), le destin exceptionnel de Karen Blixen, née au Danemark en 1885. Rejetant un mode de vie bourgeois et linéaire, elle part s'installer en Afrique avec le baron Bror Blixen où elle reste de 1914 à 1931. Elle est obligée de quitter sa ferme africaine après avoir fait faillite et retourne au Danemark, mais elle reste fidèle à cette nation où elle aurait « désiré laisser ses os ».

Si la biographie de Jean-Noël Liaut, Karen Blixen m'a montrée que sa relation avec Denys était largement moins idyllique que dans le film, elle m'a donné envie de me plonger dans son œuvre. Je lirai donc d'ici peu Les Contes d'hiver et pourquoi pas Les Contes gothiques, dont le titre m'attire beaucoup...

La plus grande partie de la vie de Karen Blixen en Afrique est racontée dans La Ferme africaine et dans les Lettres qu'elle a échangées avec ses amis et sa famille ; Ombres sur la prairie constitue un prolongement de ces œuvres et régalera ceux qui rêvent de retrouver cet univers. Composé de quatre récits, ce recueil est un tissu de souvenirs, d'émotions, de réflexions anthropologiques, et d'érudition, liés par un fil parfois ténu mais toujours présent. Karen Blixen raconte les liens de confiance tissés avec ses domestiques et les tribus vivant sur « ses » terres, les échanges, les difficultés mais aussi les moments émouvants qu'ils ont pu partager et réussit à retrouver leurs traces vingt ans après son départ d'Afrique.

Si certaines remarques peuvent surprendre le lecteur contemporain, par exemple sur les comparaisons qu’elle établit entre les différents peuples qu’elle rencontre et sa propre culture, il faut situer l’œuvre dans un contexte colonial, à une époque où les européens s’installaient en Afrique en conquérants, pour y faire fortune, parfois aux dépens de la population. Ce qui n’est finalement pas le cas de Karen Blixen qui s’est sincèrement intéressée au sort des peuples vivant sur ses terres, à leur santé, leurs coutumes, leur manière d’envisager le monde. En témoigne la première nouvelle, Ombres sur la prairie, où elle rend hommage à son domestique Farah et où on la voit soigner avec dévouement ses « gens ».

Ma préférence va Barua a soldani, dans lequel elle raconte comment une lettre écrite de la main du roi du Danemark devient une sorte de talisman pour les gens qui vivent sur ses terres et permet d’apaiser les souffrances les plus terribles par le simple contact. Un mélange de réalisme, de réflexion et de poésie dans lequel elle révèle une grande humanité et beaucoup de sang-froid.

Ces quatre récits m’ont permis de me replonger avec délices dans l’atmosphère du film et de La Ferme africaine. Deuxième coup de cœur pour moi cette année, après Le Fantôme de l'opéra.

Voici quelques citations pour vous faire une idée de l'atmosphère de ce recueil :

 

« Farah était bien le plus authentique gentleman que j’aie connu. »

 

p. 57 « Il n'est pas de frère, d'ami, d'amant, de nabab venant m'offrir la somme nécessaire pour garder la ferme qui aurait fait pour moi ce que fit alors mon domestique Farah. »

 

p. 23 « La plupart des émigrés étrangers en Afrique y étaient restés parce qu'ils préféraient la vie africaine à leur existence chez eux, qu'ils préféraient monter à cheval que de circuler en auto et allumer leurs propres feux de camp que de dépendre du chauffage central. Comme moi, ils désiraient laisser leurs os dans la terre d'Afrique. »

 

p. 40 « Car celui qui aime ne mesure pas la valeur de l'être aimé à l'échelle de la morale bourgeoise. »

 

p. 57 « Quand tout ce que contenait ma demeure fut vendu, les pièces bouleversées devinrent des cages à résonances. Si je m'asseyais sur une des caisses pleines d'objets à expédier et qui constituaient à présent mon unique mobilier, des voix et des sons d'autrefois s'élevaient, de plus en plus nets, de plus en plus clairs dans les salles d'une majestueuse nudité. »

p. 66-67 « Un lion en liberté dans la brousse ressemble bien aux plus anciens lions monumentaux en pierre qu'aux lions que l'on voit de nos jours dans un jardin zoologique. Son aspect nous bouleverse le cœur. Dante ne pouvait être plus ému la première fois qu'il aperçut Béatrice dans une rue de Florence. »

 p. 66 « Les éléphants en avançant dans la forêt vierge foulent le sol tranquillement et à loisir. Derrière eux se creuse un vrai tunnel aux voûtes hautes et sombres comme la nef d'une cathédrale. »

 p. 100-101 « Nous autres, Blancs, lorsque nous entrons en contact avec la population de l'ancien continent, nous oublions qu'elle a un passé que nous ignorons ; nous refusons de reconnaître qu'elle a existé avant notre rencontre. »

 

Voici ma première participation au Challenge organisé par Myiuki22, dans la catégorie Pêcheur d'Islande.


Commentaires sur Ombres sur la prairie, Karen Blixen

    Ta chronique me donne envie de lire ce livre, ça a l'air passionnant ! J'avais justement décidé de lire "La ferme africaine" depuis un moment, je vais me lancer dans cette lecture, il est vrai que Karen Blixen sait nous décrire l'Afrique coloniale comme personne. Merci pour ton billet et ta participation à mon challenge et bonnes lectures

    Posté par Myiuki, 03 avril 2012 à 09:28 | | Répondre
  • Out of Africa ? Je n'en ai jamais entendu parler, mais je demanderai à ma mère, c'est une grande fan de Meryl Streep !
    Jolies citations, en tout cas, ça donne envie de lire les livres !
    Bisou.

    Posté par Améthyste-sweet, 03 avril 2012 à 17:46 | | Répondre
  • @Myiuki

    Tant mieux alors! J'espère que ça te plaira ! A bientôt

    Posté par cottagemyrtille, 03 avril 2012 à 19:07 | | Répondre
  • @ Améthyste-sweet

    Lol ! C'est parce que tu es toute jeune ! Il date de 1985-86 ! Même moi j'étais petite, je l'ai découvert bien plus tard... Merci pour ta visite, bisous

    Posté par cottagemyrtille, 03 avril 2012 à 19:12 | | Répondre
  • Ah oui, je me disais aussi !
    Je le regarderai à l'occasion, si je le déniche dans les DVD^^ !
    Bizou !

    Posté par Améthyste-sweet, 04 avril 2012 à 21:02 | | Répondre
  • @Améthyste-Sweet

    Il passe assez souvent à la télé, tu auras sans doute l'occasion de le voir. J'adore ce film Biz

    Posté par cottagemyrtille, 05 avril 2012 à 08:57 | | Répondre
  • Ton commenaire m'a donnée envie de lire ce recueil que je ne connais pas!! étant moi-même une grande fan de Karen Blixen!! (j'ai adoré La Ferme Africaine et les permières notes de musique et les premières images du film Out of Africa me font toujours rêver!!!)Meril Streep et Robert Redford sont excellents!!!
    Les contes gothiques m'intriguent aussi!!! ^^

    (je participe au forum Livraddict au cas où tu te demanderais qui je suis ^^)

    Posté par Vashta Nerada, 05 avril 2012 à 19:02 | | Répondre
  • @Vashta Nerada

    Out of Africa est un de mes films préférés, on ne s'en lasse pas^^ Les contes m'attirent beaucoup aussi ! A bientôt

    Posté par cottagemyrtille, 05 avril 2012 à 21:15 | | Répondre
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